D'abord cantonné à certains milieux universitaires, le mouvement islamique élabore une stratégie avec comme corolaire, la conquête du pouvoir et l'instauration d'un État islamique. Pour ce faire, il eut recours à des actions de bienfaisance et de lutte contre la pauvreté et les autres malaises de la société. Fondé le 18 février 1989 dans la mosquée al-Sunna de Bab el Oued à Alger par Abassi Madani, et agréé le 6 septembre de la même année par le ministère de l'Intérieur.

Lors des élections locales de 1990, premières élections libres en Algérie, le FIS avait remporté 953 communes sur 1539 et 32 wilayas (provinces) sur 48. Le 26 décembre 1991 a eu lieu le premier tour des élections législatives. Le FIS obtient 188 sièges sur 231, soit près de 82%, le FFS 25 sièges et le FLN 15 sièges, les candidats indépendants remportent 3 sièges. Prenant acte de la situation qui prévalait, et qui risquait de tourner à son désavantage, l'armée décide le 11 janvier 1992 de pousser le chef de l'État, le président Chadli Bendjedid à la démission et d'interrompre le processus électoral. Les assemblées communales et départementales dirigées par les élus du FIS sont par ailleurs dissoutes et les militants et sympathisants de la formation qui vient de remporter le premier tour du scrutin législatif sont emprisonnés ou expédiés dans des camps établis dans le sud saharien.


Alors que se multiplient les exécutions extra judiciaires, les sympathisants du FIS s'engagent peu à peu dans une lutte armée contre l'État. Dans ce contexte, de nombreuses personnalités civiles (intellectuels, artistes, journalistes) vont être assassinées dans des conditions mystérieuses. Depuis lors, des témoignages convergents émanant notamment de membres des services secrets de l'armée algérienne ont établi qu'un grand nombre de ces assassinats avaient été commis par les officines de l'armée qui avaient progressivement pris le contrôle des groupes islamistes ou même s'y étaient substitués[1]. Cette stratégie avait pour objectif de discréditer l'opposition islamiste à l'intérieur comme sur la scène internationale et de déplacer sur le terrain strictement sécuritaire une lutte que le pouvoir savait perdue sur le terrain électoral et politique.


Dans son livre « Chronique des années de sang » (Paris Denoël 2003 page 94) Mohamed Samraoui, ex haut responsable des services secrets de l'armée algérienne, rétablit une série de données factuelles essentielles. Il révèle d'abord que dès 1991, avant même l'apparition des premiers « Groupes Islamiques Armés », les leaders du « Mouvement islamique armé » (le MIA, la première expression armée du courant islamiste), après avoir été amnistiés, se virent équipés par les services secrets de l'armée de « véhicules de services ». Plus tard, « les premiers tracts islamistes appelant à la conquête du pouvoir par les armes », précise-t-il ensuite, « sortaient en fait de la caserne Antar de Ben-Aknoun, siège du Centre principal des opérations (CPO)... Quant aux fameuses "listes noires" [des intellectuels à abattre] attribuées aux islamistes, elles avaient été élaborées au Centre Ghermoul, siège de la Direction du contre-espionnage (DCE). Ce sont les capitaines Omar Merabet, Saïd Lerari (dit Saoud) et Azzedine Aouis, qui ont rédigé ces tracts, que les éléments de la "section de protection" et les chauffeurs de la DCE glissaient dans les boites aux lettres des intéressés. » Pour Samraoui, depuis le début la guerre civile, la plupart des « émirs du GIA » ne furent en fait que des épouvantails aux mains des services.


Durant l'année 1997, le principal fondateur et dirigeant du FIS Abassi Madani, fut relâché, et mis en résidence surveillée, officiellement il devait appeler les anciens partisans du FIS à déposer les armes. Quelques mois après sa sortie de prison, une lettre compromettante fut découverte et dans laquelle Ali Belhadj appelait le GIA et l'AIS à poursuivre leur Djihad (lutte) jusqu'à l'instauration d'un État islamiste. Une lettre dont son origine et son contenu restent à prouver. C'est sur la base de cette preuve futile qu'il fut de nouveau emprisonné. L'AIS a été chargé, durant ces années de défendre les villages isolés contre les GIA, des villages abandonnés par l'armée régulière. Les médias, tant occidentaux qu'algériens, omettront de parler de ces nombreux combats dans les montagnes entre l'AIS et les GIA. En 1999, on ne dénombrait plus que 600 terroristes des GIA. Ces groupes terroristes, étrangers au peuple algérien, ont disparu petit à petit durant ces dernières années. Les partisans du FIS, l'AIS, ont bénéficié d'une amnistie présidentielle suite à la loi sur la concorde civile proposée par le président Abdelaziz Bouteflika. Cette volonté du pouvoir de se réconcilier avec le FIS, pose la question de la culpabilité de ce parti quant à cette décennie de massacres de civils.

L'ancien ministre de l'éducation nationale du temps de Houari Boumediene, Ahmed Taleb Ibrahimi, fervent partisan du FIS, tentera en 2000 de recréer le parti islamique, mais en vain.

En juillet 2003, Cheikh Abassi Madani et Ali Belhadj sont libérés sous la présidence d'Abdelaziz Bouteflika. Leur influence, sans toutefois retoucher à la politique, est pesante et certaines lois se durcissent depuis leur sortie officielle. En effet, une loi a été votée quelques mois après la sortie d'Ali Belhaj, concernant l'interdiction formelle d'importer de l'alcool sur le territoire algérien. Actuellement Ali Belhaj est frappé d'une interdiction de sortie du territoire, voire de la capitale. Abassi Madani a procédé à plusieurs voyages, notamment en Indonésie, en Malaisie et au Qatar où il a été soigné. Il vit actuellement au Qatar.

 

Retour à l'accueil